Article publié en avril 2026

Défaillances d’entreprises : quel impact sur l’équilibre des régimes de prévoyance ?

Expertise prévoyance
Temps de lecture : 2 min
Les défaillances d’entreprises atteignent un niveau record en 2025, avec plus de 68 000 procédures recensées en un an. Derrière ces chiffres, ce sont des emplois fragilisés, des masses salariales en recul et un impact direct sur l’équilibre des régimes de prévoyance collective.

En matière de prévoyance, les effets de l’augmentation des défaillances d’entreprises ne sont pas immédiats. « Contrairement à la santé, la prévoyance couvre des risques longs. Il faut donc du temps pour mesurer l’impact des évolutions sociétales et économiques », explique Bertrand Mourelot, Directeur Technique du Groupe UNMI. Mais lorsque survient une défaillance d’entreprise – redressement judiciaire et/ou liquidation –, le mécanisme est brutal : les salariés perdent leur contrat collectif et les organismes complémentaires leurs cotisations.

« En tant qu’assureurs, nous faisons face actuellement à une double tension : une base de cotisants qui se réduit et, dans le même temps, davantage d’arrêts de travail. Cela pose un véritable enjeu d’équilibre technique », souligne-t-il.

Un solde démographique négatif en 2025

La fréquence des arrêts de travail a en effet augmenté ces dernières années, notamment les arrêts courts liés au stress et aux risques psychosociaux. Or, ce sont précisément ces sinistres fréquents qui pèsent le plus lourdement sur le ratio sinistres/cotisations. Pour rappel, le taux d’absentéisme a atteint 4,8% en 2025. Un niveau record, en hausse de 5% sur un an, et surtout de 50% par rapport à 2019 !

Cette sur-sinistralité s’ajoute à un contexte déjà fragilisé pour le marché de la prévoyance.  « Avec la baisse des indemnités journalières de la Sécurité sociale en 2025, nous évoluons déjà dans un environnement où les marges de manœuvre sont limitées. Les transferts de charges successifs ont fragilisé les équilibres techniques », rappelle Bertrand Mourelot. Un facteur structurel, lié à l’évolution démographique, qui complique également la donne. La France affiche un solde naturel négatif en 2025, une première depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, avec 645 000 naissances et 651 000 décès. À moyen terme, cette évolution modifie la structure même du financement des risques collectifs.

 

Les TPE en première ligne

Trois défaillances sur quatre concernent des entreprises de moins de 10 salariés. Les TPE, déjà contraintes budgétairement, doivent pourtant respecter l’obligation issue de l’ANI (Accord National Interprofessionnel) de couvrir leurs salariés en prévoyance. « Pour ces petites structures, l’augmentation des cotisations est difficilement absorbable. Certaines n’hésitent pas à demander une baisse des garanties pour réduire le coût », observe Bertrand Mourelot. Mais cela ne résout pas le problème de fond : la fréquence des sinistres. Si les arrêts de travail restent élevés, le déficit technique demeure.

Face à cette instabilité, le Groupe UNMI a fait le choix de renforcer ses critères de souscription. « Nous n’acceptons plus de franchises courtes, inférieures à 15 jours. Aujourd’hui, nous privilégions des franchises de 30 jours. C’est un levier essentiel pour contenir la fréquence des sinistres courts », explique le Directeur Technique, qui demande désormais d’analyser finement l’historique de sinistralité de chaque entreprise avant toute nouvelle adhésion. « Pour les contrats sur-mesure, nous demandons les comptes de résultat de l’ancien ou actuel assureur et un état de sinistralité sur cinq ans, en particulier pour les les secteurs sous tension comme le bâtiment ou le commerce ». L’objectif n’est pas d’exclure, mais d’anticiper les risques. « Nous restons fidèles aux valeurs mutualistes. Exclure des secteurs ne serait pas conforme à notre modèle. En revanche, nous devons adapter nos politiques de souscription », assure-t-il.

 

Portabilité et résiliations : un risque émergent

La portabilité des droits constitue un autre point de vigilance. Lorsqu’un salarié quitte une entreprise en difficulté, il continue en effet à bénéficier du régime financé par les actifs restants. Et quand la portabilité s’applique alors que les effectifs diminuent fortement, la charge devient plus difficile à absorber. Le Groupe UNMI observe également une hausse des résiliations, sans toujours en connaître précisément le motif. « Nous savons que nous sommes exposés à un nouveau risque émergent. Il faut l’analyser pour adapter nos modèles et nos conditions d’adhésion », indique Bertrand Mourelot. Dans ce contexte, tout se joue dès la souscription, mais aussi dans l’accompagnement des entreprises. La prévention des risques psychosociaux, la vigilance sur la sinistralité et la qualité du suivi deviennent des axes centraux pour préserver la soutenabilité des régimes. « Une chose est sûre : les organismes de prévoyance ne peuvent pas financer à la place des pouvoirs publics. Notre rôle est de sécuriser les régimes tout en maintenant un niveau de protection adapté », conclut le Directeur Technique.

Les défaillances d’entreprises ont des répercussions directes sur la prévoyance collective, sur la mutualisation et sur la capacité des régimes à absorber les chocs. Pour l’UNMI et ses mutuelles partenaires, 2026 sera une année de vigilance et d’adaptation, afin de préserver ce qui fait la force du secteur mutualiste : un modèle collectif, solidaire et soutenable dans la durée.

 

Sources :

 

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