Article publié en avril 2026

Prévoyance : pourquoi les équilibres deviennent plus difficiles à piloter

Expertise prévoyance
Temps de lecture : 3 min
La prévoyance reste solide, mais ses équilibres se tendent. Entre hausse des arrêts de travail et progression des prestations, le pilotage technique devient plus exigeant. Décryptage avec l’UNMI à partir des études ACPR et Drees.

Une activité dynamique, mais des équilibres plus fragiles

Avec 37,3 milliards d’euros de primes en prévoyance en 2024 et un résultat technique encore positif (+4 milliards d’euros), le secteur de la prévoyance reste solide. Mais derrière ces chiffres, une tendance se profile : en un an, le résultat technique a reculé d’un milliard d’euros. Un signal que les acteurs du secteur prennent au sérieux. « La prévoyance reste hautement contributive dans l’assurance de personnes, mais on observe une baisse de rentabilité et des marges », analyse Patrick Ratta, Directeur du Développement du Groupe UNMI. En cause, des évolutions structurelles désormais bien identifiées : vieillissement démographique, hausse des arrêts de travail et allongement de leur durée, transformation des pathologies, notamment liées aux risques psychosociaux. « Les cotisations augmentent moins vite que les prestations en face. Les équilibres techniques deviennent plus ténus et plus complexes à piloter », résume-t-il.


Une sinistralité en hausse, reflet de nouvelles réalités sociales

L’un des points majeurs mis en lumière par les récentes études de la Drees et de l’ACPR est la progression rapide des prestations, en particulier en prévoyance (+8 à +9%). Pour Bertrand Mourelot, Directeur Technique du Groupe UNMI, cette évolution n’a rien d’anecdotique : « On observe une hausse des arrêts de travail qui s’est nettement aggravée ces dernières années. Entre 2019 et 2024, ces derniers ont augmenté de près de 50%, et de +5% entre 2023 et 2024 ». Certaines populations sont particulièrement exposées, notamment les jeunes actifs et les cadres. « Chez les moins de 35 ans, un arrêt sur deux est aujourd’hui lié à des problématiques de santé mentale. C’est un phénomène relativement récent à l’échelle des cinq dernières années », constate-t-il. Ces évolutions sociétales ont un impact direct sur les prestations versées, et donc, mécaniquement, sur les équilibres techniques.


Un effet ciseau qui s’installe durablement

Pour Patrick Ratta, le constat est clair : « Le fait que les prestations augmentent plus vite que les cotisations est un signal d’alarme d’autant que les marges de manœuvre sont limitées ». Dans ce contexte, une question se pose : faut-il augmenter les cotisations ? La réponse n’est pas si simple car la pression financière est déjà très forte sur les entreprises, les travailleurs non-salariés et les particuliers. Face à ces tensions, les organismes de prévoyance n’ont d’autre choix que d’adapter leurs pratiques. Cela passe notamment par un pilotage différent du risque. « Nous devons aller vers une segmentation plus fine et revoir régulièrement nos bases techniques pour les adapter aux nouvelles réalités. Cela nous oblige également à redéfinir nos conditions d’entrée, à mieux sélectionner les risques et à défendre notre portefeuille dans la durée », assure Bertrand Mourelot.


Solvabilité : une robustesse réelle, mais à surveiller

Avec un ratio moyen de solvabilité de 252%, le secteur apparaît aujourd’hui solide. Mais cette robustesse ne doit pas masquer certaines fragilités. « Ces niveaux sont largement supérieurs aux exigences réglementaires, mais ils cachent des disparités importantes entre les différents acteurs », nuance Patrick Ratta. À moyen terme, plusieurs facteurs pourraient peser sur ces équilibres : la baisse des marges techniques, la hausse de la sinistralité, et un contexte financier plus incertain. « Le résultat technique se dégrade, et le résultat financier ne permet plus de compenser comme auparavant », ajoute Bertrand Mourelot.

Dans ce contexte, les mutuelles indépendantes doivent trouver un équilibre délicat pour renforcer leur pilotage sans renoncer à leur ADN. Plusieurs leviers sont ainsi identifiés : affiner le pilotage technique, renforcer les compétences actuarielles, explorer de nouveaux modèles de réassurance et développer des actions de prévention. Mais au-delà des chiffres se dessine une question plus large, liée aux comportements des assurés. « À force de considérer l’assurance comme un droit et non plus comme un aléa, la mutualisation   s’érode » , alerte Patrick Ratta. La prévention, notamment sur les risques psychosociaux, devient ainsi un enjeu central, même si le retour sur investissement des actions engagées reste encore difficile à mesurer.


L’UNMI, un rôle d’accompagnement renforcé

Face à ces mutations, l’UNMI joue un rôle clé auprès de ses mutuelles adhérentes. « Nous les accompagnons dans le pilotage technique, nous partageons les bonnes pratiques et nous proposons également des solutions de réassurance au sein du Groupe », explique Patrick Ratta. Un accompagnement d’autant plus nécessaire que les transformations à l’œuvre sont profondes. « Nous devons sécuriser les régimes tout en maintenant un niveau de protection adapté. C’est tout l’enjeu des années à venir », assure Bertrand Mourelot.

Les enseignements des études ACPR et Drees sont clairs : si le secteur de la prévoyance reste solide, ses équilibres se tendent, obligeant les acteurs mutualistes à renforcer leur capacité d’anticipation et d’adaptation.

 

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